Un devis de migration AWS de douze pages, avec références d’instances, tableau de services et planning par lots, peut être moins fiable qu’un devis d’une page. Le détail rassure, mais il porte presque toujours sur la partie la plus simple à chiffrer : les machines. Les montants qui font déraper un budget cloud se logent ailleurs, dans des lignes que le calculateur n’affiche pas.

Si vous avez un devis sur le bureau, la question utile n’est donc pas de savoir s’il est cher. C’est de savoir ce qui n’y figure pas et vous sera facturé quand même. Les oublis reviennent toujours à peu près aux mêmes endroits, et une heure de relecture attentive suffit à les repérer.

Un devis AWS très détaillé peut rester très incomplet

Le format est presque toujours le même : phase d’évaluation, phase de migration, phase de run, puis une ligne « coût AWS estimé » avec un montant mensuel unique. Rien ne choque à la lecture, et c’est bien le problème.

Les signaux d’alerte sont pourtant visibles immédiatement. La région AWS n’est pas nommée. Aucune ligne ne parle de transfert de données. Aucune hypothèse de volumétrie n’est écrite. Le montant mensuel est annoncé sans préciser s’il correspond à du tarif à la demande ou à un engagement sur un ou trois ans. Et rien ne dit ce qui se passe si la facture réelle dépasse l’estimation de 40 %.

Ce dernier point est le plus révélateur. Un prestataire qui a déjà migré plusieurs PME sait qu’une estimation de consommation est une hypothèse, pas un prix. Il l’écrit, il la borne, il propose un mécanisme de révision à trois mois. Celui qui présente un chiffre nu n’a probablement pas encore vécu la première facture d’un client. Les réflexes de lecture valables pour tout devis IT au Maroc s’appliquent ici, avec en plus une mécanique de facturation à l’usage qui n’existe nulle part ailleurs.

Le prix du calculateur AWS n’est pas le prix de la facture

AWS Pricing Calculator est un bon outil quand il reste un outil. Le problème commence quand sa sortie devient directement la ligne « coût mensuel » du devis. Le calculateur ne chiffre que ce qu’on lui demande de chiffrer, et un consultant pressé lui demande des instances EC2, du stockage EBS et une base RDS.

Devis migration AWS Maroc 2026 : ce qu'il faut vérifier

Ce qui manque presque systématiquement : le plan de support AWS, facturé en pourcentage de la consommation avec un minimum mensuel (barème à vérifier sur la page support d’AWS), la NAT Gateway qui se paie à l’heure et au gigaoctet traité, le trafic entre zones de disponibilité, la croissance des snapshots EBS, l’ingestion de logs CloudWatch, les unités de capacité du load balancer, les licences Windows Server ou SQL Server, et les environnements de recette que personne n’a pensé à compter alors qu’ils tourneront en continu.

Deux lignes proprement marocaines s’y ajoutent. La facturation en devise étrangère, donc un effet de change sur un budget voté en dirhams. Et la fiscalité des prestations de services acquises hors du Maroc : faites valider le traitement TVA par votre expert-comptable avant d’inscrire un montant dans un budget annuel.

La correction tient en une demande. Réclamez l’export ou le lien du calculateur, pas le résultat recopié dans un document, accompagné de la liste écrite des hypothèses : région, heures par mois et par environnement, volumétrie stockée, volumétrie sortante.

Les frais egress AWS, la ligne que personne ne demande à chiffrer

Entrer des données dans AWS ne coûte rien. En sortir est facturé au gigaoctet, au-delà d’une franchise mensuelle modeste, à un tarif qui dépend de la région et de la destination. C’est de loin la mécanique la plus mal anticipée dans les devis que l’on nous demande de relire.

Les situations qui piquent pour une PME marocaine sont faciles à reconnaître : un site e-commerce ou un média qui sert images et vidéos depuis S3 à des visiteurs marocains, une réplication nocturne des sauvegardes vers un NAS au siège ou vers un autre hébergeur, une architecture hybride où l’ERP reste à Casablanca et dialogue en permanence avec des services dans le cloud, des extractions quotidiennes vers un outil de BI externe. Dans ces cas, le transfert sortant peut représenter une part à deux chiffres de la facture mensuelle, et elle grossit avec le succès de l’activité.

À exiger : une volumétrie sortante estimée en gigaoctets par mois, la ligne de coût correspondante, et la réponse architecturale associée (CDN devant le stockage objet, compression, regroupement des sauvegardes, rapprochement des composants bavards dans une même zone). Posez aussi la question de la sortie définitive. AWS a mis en place une procédure de transfert gratuit pour les clients qui quittent la plateforme, sous conditions et sur demande. Le devis devrait dire qui la pilote le jour où vous décidez de partir, et vers quelle cible.

On-demand chiffré, réservé oublié

Cette ligne se trompe dans les deux sens, et les deux versions vous coûtent de l’argent.

Premier cas, tout est chiffré au tarif à la demande. Le devis paraît élevé, vous négociez sur les jours de prestation au lieu de parler engagement, et un an plus tard vous payez encore plein tarif des serveurs qui n’ont jamais été éteints. Les Savings Plans et les instances réservées sur un ou trois ans réduisent fortement le coût horaire des charges stables, et une base de production ou un serveur applicatif métier est par définition une charge stable.

Deuxième cas, plus pervers : le prestataire chiffre d’emblée au tarif d’un engagement de trois ans payé d’avance, pour afficher un coût mensuel séduisant. Vous validez une architecture avant de l’avoir éprouvée et vous découvrez au bout de six mois que vos instances sont deux fois trop grandes. L’engagement, lui, reste dû.

La bonne forme est à deux colonnes : coût à la demande pendant les trois à six premiers mois, le temps d’observer la consommation réelle, puis coût après engagement, avec la date d’arbitrage et le nom de celui qui le prend. Vérifiez également dans quel compte vit l’engagement. Beaucoup de partenaires marocains revendent AWS et facturent en dirhams, ce qui simplifie la comptabilité. Demandez alors noir sur blanc si la remise d’engagement vous est répercutée et si le compte reste transférable à votre nom.

La refonte applicative, la phase absente du devis

Un devis de migration découpe volontiers en lots d’infrastructure : tant de serveurs, tant de bases, tant de jours. L’application n’apparaît nulle part, alors que c’est elle qui décide si la migration tient.

Les blocages classiques se repèrent en une demi-journée de lecture de code : sessions stockées sur le disque local, fichiers téléversés écrits à côté du code au lieu d’un stockage objet, tâches planifiées attachées à une machine unique, adresses IP en dur dans la configuration, version de PHP ou de Java qui n’est plus supportée, licence SQL Server ou Oracle dont les conditions changent dès qu’on virtualise chez un tiers, absence de point de contrôle de santé qui rend tout autoscaling inutilisable.

Déplacée telle quelle, l’application fonctionne. Elle coûte simplement plus cher qu’annoncé parce qu’il faut la surdimensionner, elle ne profite d’aucune élasticité, et le premier incident se règle à la main un dimanche soir. Exigez une ligne d’évaluation applicative avec, pour chaque application, une décision assumée : rehost, replatform, refactor, remplacement par un SaaS ou arrêt. Et un chiffrage séparé des corrections de code, même grossier. Un prestataire qui refuse de regarder le code avant de chiffrer la migration chiffre dans le vide.

Devis migration AWS Maroc : les fourchettes réelles en 2026

Ces ordres de grandeur servent à détecter une incohérence, pas à fixer un prix. Un écart important, dans un sens comme dans l’autre, mérite une explication écrite.

  • Évaluation et plan de migration (inventaire, dépendances, architecture cible, estimation de coût) : 25 000 à 80 000 MAD selon le nombre d’applications.
  • Migration de type rehost, une quinzaine de serveurs et deux ou trois bases, sans refonte : 150 000 à 400 000 MAD.
  • Migration avec replatforming (bases managées, conteneurisation, chaîne de déploiement, sauvegardes et supervision refaites) : 400 000 MAD à plus d’un million de dirhams.
  • Exploitation mensuelle et suivi des coûts après bascule : 6 000 à 25 000 MAD par mois selon le périmètre et les engagements de disponibilité.
  • Consommation AWS elle-même, pour une charge de PME classique (ERP, site, quelques services internes) : souvent 5 000 à 30 000 MAD par mois, très dépendante du stockage et du transfert.

Ces repères recoupent ce que nous détaillons sur les prix et délais d’une migration cloud au Maroc et dans le budget d’hébergement cloud. Si un devis annonce une migration complète à 60 000 MAD, le travail applicatif n’est pas dedans. S’il annonce deux millions pour quinze serveurs, demandez le détail en jours-hommes et par profil avant de discuter du reste.

CNDP et hébergement hors Maroc : ce que le devis doit préciser

AWS n’exploite pas de région au Maroc. Vos données partiront donc vers Paris, l’Irlande, Francfort, le Bahreïn ou ailleurs, selon la région retenue. Dès qu’il s’agit de données personnelles (clients, salariés, candidats, patients), ce transfert entre dans le champ de la loi 09-08 et suppose une démarche auprès de la CNDP, en plus de la déclaration du traitement lui-même. La procédure, les formulaires et la liste des pays concernés se vérifient sur le site de la CNDP, qui les met à jour.

Un devis sérieux nomme la région principale et la région de sauvegarde, liste les services utilisés qui stockent de la donnée, précise où atterrissent les copies de sauvegarde, joint l’accord de traitement des données du fournisseur et indique qui prépare le dossier CNDP : vous, le prestataire ou un conseil externe, et pour quel montant. Si vous êtes dans un secteur régulé, banque, assurance ou santé, ajoutez les exigences de votre autorité de tutelle à la discussion avant de choisir la région, pas après.

C’est aussi le bon moment pour trancher le débat cloud souverain vs AWS, plutôt que six mois après la bascule. Pour certains traitements sensibles, une offre locale ou une architecture mixte allège sérieusement le dossier de conformité. Notre comparaison des offres de cloud souverain au Maroc et la checklist de conformité CNDP donnent les critères de décision. Le devis doit au minimum montrer que l’arbitrage a été fait, pas contourné.

Les six lignes à exiger avant de signer

  1. La région AWS cible et la région de sauvegarde, nommées.
  2. Les hypothèses de consommation : heures par environnement, gigaoctets stockés, gigaoctets sortants par mois, avec l’export du calculateur.
  3. Le coût mensuel en deux versions, à la demande puis après engagement, avec la date d’arbitrage.
  4. Le plan de support AWS retenu et son mode de facturation.
  5. L’évaluation applicative et le chiffrage des corrections de code, application par application.
  6. Le volet conformité et réversibilité : dossier CNDP, accord de traitement, localisation des sauvegardes, format et délai d’export en cas de sortie.

Ajoutez une septième demande, moins technique mais décisive : qui signe l’engagement de consommation, et au nom de qui reste le compte AWS. Sur ce point précis, les mauvaises surprises n’apparaissent pas à la signature mais le jour où vous changez de prestataire.

Avant de renvoyer le devis signé

Faire relire un devis de migration AWS prend quelques jours et coûte une fraction de l’écart qu’il évite. C’est une part du travail du pôle cloud et infrastructure d’Arrowlancer : audit de devis, architecture compatible avec vos obligations CNDP, arbitrage entre tarif réservé et à la demande, puis la migration elle-même quand la cible est claire (voir nos services). Si vous avez un document en main et un doute sur deux ou trois lignes, envoyez-le nous : nous vous dirons ce qui manque.

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